
La Bonne pratique n°1 : Ne me faites pas penser
Au premier regard sur une page web, l’objectif doit être évident, clairement défini. Il doit se passer d’explication. Sachant que vous disposez de 4s par page pour capter l’attention d’un utilisateur, il devient évident de limiter les actions et les objectifs. C’est l’une bonne pratique Ux à la fois élémentaire et très difficile à atteindre.
Il faut essayer de prévoir ce qui peut amener le consommateur à se poser cette ou ces questions. Qu’est ce qui pourrait être ambigu? Qu’est ce ce qui pourrait l’amener à réfléchir? Anticipez les usages et les comportements qui conduiront à des erreurs ou à des frustrations. L’utilisateur ne devrait jamais avoir à se poser les interrogations ci-après. Et encore moins ne pas en avoir la réponse :
- Où suis-je?
- Par où devrais-je commencer ?
- Où ont-ils positionné le CTA/Menu/élément de layout ?
- Quel est l’élément le plus important de cette page web ?
- Pourquoi nomment-ils cet élément comme cela ?
- Est-ce que c’est un contenu publicitaire, ou est-ce un contenu du site ? (exception faite des publicités native)
D’abord, respecter des standards permet à l’utilisateur de se raccrocher à des motifs qu’il connait déjà. Ensuite, s’il le voit à plusieurs reprise, il sera « entraîné ». Donc, cela lui évitera ainsi un effort de pensée inutile, ce qui induit le sentiment d’interface intuitive. Prévenir les questions qui pourraient survenir renforce ce sentiment et permet d’éviter les frustrations. Toutefois, ce n’est pas toujours chose aisée.
Bonne pratique Ux n°2 : Nous ne lisons pas le web, nous le scannons
Un professionnel se dit la plupart du temps qu’un visiteurs de son site examinera chaque page avec attention, en détaillant tous les contenus qu’il a passé du temps à rédiger. Le lecteur saura comprendre la hiérarchie des éléments, comprendra l’organisation voulue et examinera les différentes options qui s’offre à eux avant de cliquer sur un bouton d’action ou un lien.
Quoi que nous en pensions, ce qu’ils font la plupart du temps (si nous sommes chanceux), c’est jeter un coup d’oeil à chaque nouvelle page, scannant quelques morceaux de texte et cliquant sur le premier lien qui retient leur attention ou qui ressemble vaguement à ce qu’ils recherchent. Il y a en règle générale de grandes parties de nos pages qu’ils ne regardent même pas.
On pense « grande littérature » (ou au minimum « catalogue produit »), alors qu’en réalité un utilisateur voit un panneau de signalisation passant devant ses yeux en roulant à 90km/h. Même lorsqu’il trouve un contenu à forte valeur ajoutée (rapport, article d’actualité, descriptif produit, etc…), il alterne entre lecture et scan de la page.
En conclusion, allez à l’essentiel, les visiteurs du site ne regarderont que ce qui les intéresse. C’est à vous de faire ressortir de votre contenu ce qui correspond le mieux à leurs attentes.
Bonne pratique Ux n°3 : Nous choisissons la première option raisonnable
Il existe plusieurs stratégies de prise de décisions, toutes plus ou moins efficaces et/ou adaptées par rapport au contexte dans lequel elles sont sollicitées. Sur un site web, c’est généralement la stratégie de la première option raisonnable qui est utilisée. C’est une stratégie que nous utilisons dans des contextes de prise de décision rapide. En matière, la plupart du temps nous ne sélectionnons pas le meilleur choix, nous prenons la première option raisonnable, c’est-à-dire l’option qui est à la fois satisfaisante (rapport à l’objectif) et suffisante (rapport au temps).
Prendre une décision sur une interface utilisateur (UI) ne se cantonne pas à faire une sélection dans un formulaire à choix multiples. Le plus souvent, nous devons tout bonnement choisir où cliquer parmi la multitude de liens et de boutons disponibles. Notre mode de décision suit une logique spécifique.
Principales logiques
- Nous sommes généralement pressés. D’une part, l’optimisation est un processus difficile. D’autre part, elle prends généralement beaucoup de temps. Le choix de l’option raisonnable est donc plus efficient.
- Ce n’est pas un choix qui nous engage beaucoup si nous nous trompons ; Dans le pire des cas, nous sommes à un clic ou deux (sur le bouton retour) du moment de notre prise de décision, ce qui rend cette stratégie très efficace.
- Evaluer toutes les options disponibles ne nous donnera pas nécessairement de meilleurs résultats ; Sur un site dont l’expérience utilisateur et le design n’ont pas été optimisé, nous aurons plus vite fait de miser sur notre première impression et éventuellement de cliquer sur le bouton retour en cas d’erreur que d’essayer de comprendre les intitulés de chaque lien ou bouton.
- Deviner n’est pas penser : C’est beaucoup moins de travail (charge intellectuelle) que d’évaluer chacune des options, c’est plus simple et si on a deviné juste, c’est beaucoup plus rapide.
Quoi qu’il en soit pour un visiteur du site, si le choix optimal est trop coûteux, la plupart du temps il choisira la première option qui semble correspondre à sa demande (le choix raisonnable). Si vous optimisez l’UX en limitant le nombre de liens / boutons, en simplifiant les libellés, en démarquant visuellement les éléments les plus importants, et en qualifiant les utilisateurs avec des entonnoirs bien élaborés, le choix optimal et le choix raisonnable sont identiques. De même, vous obtiendrez ainsi une correspondance entre le besoin de l’utilisateur et votre proposition de valeur. C’est comme si vous le guidiez le long de son parcours.
Bonne pratique n°4 : Nous ne cherchons pas à comprendre comment ça marche
Bien souvent, en tant que designer de site web, développeur ou chef de produit, on pense que les utilisateurs qui utilisent nos interfaces, nos nomenclatures de gammes, vont chercher à comprendre nos contraintes métiers ou l’expression de notre sens artistique. Que le fonctionnement de nos formulaires, configurateurs, comparateurs, etc… est évident. Malheureusement c’est une illusion. Bien que nos évidences nous appartiennent, notre sens artistique est subjectif et nos contraintes métiers ne les intéressent pas. La vérité c’est que les gens (nous y compris) utilisent constamment des choses sans avoir la moindre idée de leur fonctionnement. Il y a deux raisons à ça :
- Ça n’est pas important pour nous ; Pour la grande majorité d’entre nous, peu importe comment fonctionne les choses tant qu’on peut les utiliser.
- Si nous trouvons quelque chose qui fonctionne, on s’en tient à ça. Notamment, si on trouve une solution pour résoudre notre problématique, même si elle est mauvaise, nous chercherons rarement une meilleure manière de faire.
Pour conclure ce propos sur les interfaces que vous construirez, s’il y a la moindre chance d’en détourner l’usage, une part représentative de votre trafic le fera, c’est inévitable. Anticipez les usages et les erreurs potentielles quand c’est possible, limitez les fonctionnalités des outils de manière à en maîtriser le périmètre d’application.
Pour aller plus loin
La littérature est fournie en matière d’Ux design. Cependant, en matière de bonne pratique Ux, nous vous conseillons un livre, très bien fait si l’anglais n’est pas votre ennemi. Quoiqu’il arrive, pas d’inquiétude. Une version traduite est disponible. Bien qu’il y ait un risque de perte léger, (voir lien ci-dessous).
Don’t Make me Think, de l’américain Steve Krug, élevé au rang de gourou de l’Ux.
En version originale anglaise :
En version française : https://books.google.fr/books?id=yAvaMgEACAAJ&dq=don%27t+make+me+think&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwid9M6Xi6_qAhVk6uAKHUDFACAQ6AEwAHoECAIQAg
Samuel Witenberg-Crépin, promotion SKEMA 2020



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