E-santé: la digitalisation de l’officine

4 juin 2021

Dans un contexte de concurrence accrue des pharmacies en ligne étrangères, des grands réseaux de distribution comme E. Leclerc ou l’arrivée de nouveaux acteurs comme le géant américain du web Amazon, la pharmacie d’officine doit impérativement se digitaliser. Alors comment la e-santé provoque la digitalisation de l’officine ?

Qu’est ce que la e-santé ?

Le concept de la e-santé (ou santé numérique) est apparu à la fin des années 1990. Il fait référence à « l’application des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’ensemble des activités en rapport avec la santé ».

Le chercheur allemand Gunther Eysenbach, la définit comme un ensemble d’outils communicants qui renforcent la possibilité pour le patient d’accéder à des soins de qualité et d’être un acteur éclairé de la gestion de sa santé. Elle améliore conjointement l’accès des soignants et l’accès des patients à une information fiable et modifie les équilibres entre soignants et soignés.

Chiffre clés de l'é-santé

E-santé digitalisation de l’officine

Les évolutions de la e-santé

Dès les années 1980, les médecins utilisaient des logiciels pour la gestion de leurs dossiers médicaux, de comptabilité et prescription assistée. Cependant ces informations restaient individuelles et non communicante.

Après la démocratisation d’internet en 1995, quelques pionniers vont tenter, dans un besoin de gérer le flux d’informations, de faire communiquer entre eux les acteurs de la santé. L’association Les Médecins Maîtres-Toile francophones, créée en 1999, fédère les premiers médecins webmasters français. La majorité des sites de ces pionniers ont résisté à l’éclatement de la bulle Internet de 2000 et existent toujours.

Le Web a fait bondir la e-santé. En effet, l’accès à l’information médicale est devenu instantané et peu onéreux. L’apparition de blogs et forums de santé mettent à disposition « la plus grande encyclopédie médicale jamais publiée ».

Les avantages de la e-santé

Le médecin généraliste Dominique Dupagne parle de « libération de l’information médicale » jusque-là réservée aux personnes ayant étudié la médecine.

En effet, grâce à Internet, l’information médicale n’est plus à sens unique – du médecin au patient- mais devient multidirectionnelle.
Par conséquent, les comportements des patients changent : ils sont plus éduqués, engagés et demandant.

D’autre part, le digital est aussi très utile pour les questions de suivi des patients, de sécurité et de santé. Pour surveiller l’administration des médicaments, un outil existe : « The electronic medication observing frameworks (e-DMS) » qui permet d’évaluer le temps que les praticiens consacrent à la documentation clinique, pour des questions de sécurité.

Par exemple, les programmes de contrôle des tranquillisants (tranquilize checking programs (PDMPs) permettent aux médecins de suivre les prescriptions de substances contrôlées comme les opioïdes. Cela diminue le risque de surdose et permet aux patients de suivre de manière fiable leur traitement.

La e-santé et le patient

L’essor des smartphones a donné naissance à un nouveau concept, celui de la santé mobile également appelé m-santé. La santé mobile rend la santé accessible à tous grâce au développement et à l’expansion des applications santé pour mobile et des objets connectés.

La santé mobile permet :

  • Un suivi et une transmission des données en temps réél (just in time).
  • Une gestion de la santé des patients: accès facile, pratique et moins onéreux.
  • Une compréhension de la maladie et des réactions physiologiques par les patients.
  • Une meilleure surveillance.

La e-santé et le pharmacien

L'officine connecté

Pour Stéphane Jacquemet et le Dr Agnès Certain « le pharmacien détient, contrôle et dispense les médicaments : c’est lui qui rend concret la prescription du médecin et met en place le « plan thérapeutique ». Il intervient dans le « projet thérapeutique » avec le médecin, pour donner une structure évolutive au traitement et rendre le patient pro actif. Malgré l’augmentation de l’automédication et du recours à Internet, il reste un interlocuteur privilégié du patient et intègre les difficultés quotidiennes interférant avec la bonne observance du traitement.

«C’est là que le pharmacien d’officine a tout son rôle à jouer. Les patients attendent de leur pharmacien qu’il les aide dans leur accès aux soins, qu’il leur fasse bénéficier des meilleurs traitements et leur permette de comprendre le coût de ces traitements. Bref, qu’il soit connecté, disponible et leur apprenne à gérer leur santé. À la fois commerçants et professionnels de santé, le pharmacien ne peut plus se limiter à la délivrance de médicaments »,

explique Ago Set-Aghayan, consultant au sein du département Sciences de la vie d’IBM France.

Une évolution de la profession qui sous-entend une plus grande transversalité des compétences des pharmaciens pour mieux appréhender des domaines tels que la gestion des risques de santé, la mesure de la performance, la coordination des soins…

Les limites de la e-santé

La e -santé a cependant plusieurs limites notamment l’éthique, le secret médical ou encore le consentement des patients. 

Malgré la volonté de la e-santé de permettre l’accès aux soins pour tous, elle peut parfois avoir l’effet inverse : pour les personnes n’ayant pas d’ordinateur ou d’accès à internet, les personnes âgées ou en milieu rural ou les personnes n’ayant tout simplement pas les compétences nécessaires pour accéder à la e-santé. Ce sont pourtant ces personnes qui en ont le plus besoin.

De plus, certains patients peuvent tirer des conclusions inadaptées de leur recherche web et ainsi créer des inquiétudes infondées à cause d’informations scientifiques qui ne leur sont pas destinées.

Il faut également mettre en place des restrictions et des lois pour protéger les données des patients ainsi que leur vie privée. La règlementation actuelle en termes de e-santé est encore incertaine et peut manquer de cadre règlementaire. Il existe en France la Loi informatique et libertés pour protéger les données dont l’application est contrôlée par CNIL.

E-santé digitalisation de l’officine

Sources:

G. Eysenbach, «What is e-health?», Journal of Medical Internet Research, vol. 3, n° 2, 2001, e20 (http://www.jmir.org/2001/2/e20/)

Fondation de l’Avenir.org Qu’est-ce que la e-santé ?

Arcane Research. Les attentes des patients et de leur entourage vis-à-vis des contenus et services digitaux

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