Pourquoi le vélo-cargo révolutionne la livraison du dernier kilomètre ?

18 novembre 2022

Depuis plusieurs mois, notre vision de la mobilité a profondément évolué. Pour cause, les voitures sont progressivement exclues du paysage de nos villes. La pandémie du COVID-19 et les pénuries récentes de carburants ne jouent pas en faveur des véhicules thermiques. De plus, les gouvernements européens ont choisi l’application de politique en faveur de la mobilité dite « douce ». Face aux enjeux économiques et écologiques actuels, le vélo sort grand vainqueur. Les citoyens, mais aussi les entreprises réinventent leurs déplacements. Un vélo, bien particulier et reconnaissable est au cœur de cet essor : le vélo-cargo. Les entreprises comptent bien profiter de ce vélo porteur pour révolutionner la livraison du dernier kilomètre.

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Vélo-cargo utilisé dans une livraison du dernier kilomètre

Le vélo-cargo, qu’est-ce que c’est ?

Le vélo-cargo est une bicyclette dotée d’une longue queue (aussi appelé longtail), capable de transporter entre 60 et 190 kg. Depuis 2015, l’outil convainc de plus en plus de famille et d’entreprise grâce à sa praticité. Les vélos-cargos sont pour la plupart équipés d’une assistance électrique avec une autonomie accrue. Des acteurs français comme O2feel ou Décathlon développent des modèles adaptés à des besoins utilitaires

Le vélo-cargo tient ses armes contre l’automobile. En plus d’être capable de transporter quasiment une charge similaire qu’un véhicule citadin, il est aussi plus rapide. Selon une étude menée à Londres, une livraison à vélo-cargo est en moyenne 60% plus rapide qu’une camionnette traditionnelle. Ainsi, ce moyen de déplacement et de transport est de plus en plus favorisé car :  

  • Il permet de se déplacer rapidement à condition que la ville soit équipée d’aménagements cyclables ; 
  • Il est capable de parcourir de nombreux kilomètres facilement (jusqu’à 240 kg) grâce à la puissance de son assistance ;
  • Il nécessite un investissement moins important qu’un véhicule traditionnel (premier modèle à partir de 4000 euros) ;
  • Il offre une économie de carburant considérable ;
  • Il réduit considérablement l’emprunte carbone de l’utilisateur ; 
  • Il nécessite un stationnement moindre en ville. 

Grâce à ses avantages non-négligeables, l’outil est privilégié par des acteurs professionnels. Les entreprises du secteur logistique trouvent en lui une excellente alternative pour assurer la fameuse livraison du dernier kilomètre


La livraison du dernier kilomètre, un enjeu majeur 

La livraison du dernier kilomètre représente l’étape ultime de la livraison pour le client final. Selon le comité d’analyse stratégique du marché international de Rungis, elle est à l’origine de 20 % du trafic urbain. 2 véhicules sur 10 en ville seraient donc étroitement concernés par la livraison du dernier kilomètre. Ces chiffres considérables témoignent donc de l’importance qu’elle incarne dans la chaîne logistique ainsi que du poids qu’elle représente dans le trafic routier.

Dans les métropoles très urbaines, la dernière étape du processus de livraison représente 4,4 millions de mouvements de marchandises par semaine. 

infographie dernier km
Les chiffres du dernier kilomètre à Paris
Source : APUR en 2018

Cette dernière étape est un véritable casse-tête pour bon nombre d’entreprises du secteur de la logistique. En cause, elle est source d’importantes dépenses financières et d’émission de gaz à effet de serre


Des coûts financiers importants  

La livraison du dernier kilomètre est indispensable et déterminante. Les entreprises lui accordent des dépenses non négligeables et croissantes. D’après une étude réalisée par le cabinet Cushman & Wakefield, elle peut représenter jusqu’à 50 % des coûts totaux d’une Supply Chain. Ce coût considérable a pour origine des actions et procédures inefficientes :  

  • La non-garantie de la réception du colis par le client final ; 
  • La mise en place d’itinéraires de livraison non optimaux ; 
  • La non-optimisation entre les points de livraison.z

Mais surtout, les déplacements liés aux véhicules sont très onéreux : 

  • La consommation de carburant est importante en ville ;
  • L’espace de stockage dans les transports est non-optimisé de sorte que parfois la capité de stockage est beaucoup trop élevé comparé à la nécessité de stockage réel ; 
  • L’entretien des véhicules pour la livraison du dernier kilomètre est très important.

Un défi écologique de taille  

À une époque où la chasse aux gaz à effet de serre est un des plus grands challenges, le transport de marchandises participe à hauteur de 25 % aux émissions de CO2 en milieu urbain selon le journal les échos. La livraison du dernier kilomètre occupe une part significative dans ces émissions. L’état pénalise les entreprises qui ne respectent pas le cadres nationales et européens sur ces sujets. L’article 173 de la loi de transition énergétique impose aux entreprises d’inclure dans leur rapport de gestion annuel l’empreinte carbone de leurs activités. Les manquements à l’établissement de mesure de réduction ou à la transmission du bilan des émissions de gaz à effet de serre peuvent être sanctionnés par une amende d’un montant de 10 000 € avec un maximum de 20 000 € si récidive.


La cyclo-logistique comme solution dans l’air du temps 

Comme nous le voyons dans toutes les villes françaises, le vélo a largement trouvé un public professionnel. Outre les historiques salariés de La Poste, la bicyclette est choisie comme transport privilégié par de nombreux autres secteurs d’activité. Le secteur de la restauration a largement contribué à l’image du vélo comme outil logistique. Les livreurs indépendants du dernier kilomètre des entreprises Uber Eats, Deliveroo ou Just Eats ont montré le pas.  

Aujourd’hui, l’avènement du vélo-cargo a conquis des professionnels de diverses horizons pour l’acheminement final de leurs marchandises ou de leurs prestations. Le modèle a par exemple séduit le géant suédois Ikea. L’enseigne bleu et jaune s’est fixé un objectif « zéro émission » en matière de livraisons à domicile d’ici 2025. Madame Angela Hultberg, responsable de la mobilité durable chez Ikea Groupe affirme que l’objectif est ambitieux et que seul des moyens de low-tech sont nécessaires pour y parvenir à court terme. En attendant l’apparition, probable selon elle, de nouvelles technologies, le groupe doit miser sur des solutions à portée de main : « les vélos cargos existent déjà et il n’y aura jamais qu’une seule solution parfaite aux problèmes d’émissions ». En France, avec des magasins principalement situés en périphérie des villes, Ikea s’est associé à Olvo, coopérative de cyclo-logistique, qui assure les livraisons à vélo-cargo


Un choix durable

Des aménagements cyclables de plus en plus présents  

La vélo-logistique trouve un allié de taille avec des aménagements en faveur de la circulation cyclable. Avec des routes bien aménagées, la pratique pourra s’étendre à de nouveaux utilisateurs. La tendance actuelle est positive avec des pistes cyclables en progression. Pour cause, le gouvernement soutient depuis quelques années, les politiques cyclables des collectivités territoriales à travers différents dispositifs. Le Plan vélo, présenté le 14 septembre 2018, attribue un Fonds mobilités actives de 350 millions d’euros sur sept ans. Dans le cadre du programme France Relance, ce Fonds est abondé de 200 millions d’euros pour 2020 – 2021. À cet effort, viennent s’ajouter les autres programmes des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalités et communes) pour améliorer et développer le réseau français. En dix ans, le budget des investissements des collectivités territoriales sur les politiques cyclables a progressé de 40 %, passant de 328 à 468 millions d’euros selon Inddigo – Vertigolab en 2020.  

Un coût de pouce de l’état très alléchant  

En plus d’être moins onéreux qu’un véhicule, de nombreuses aides sont octroyés aux entreprises ayant fait le choix du vélo-cargo. L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) offre une aide qui a pour but de financer les projets de transition écologique provenant des entreprises tels que l’acquisition d’un vélo-cargo. L’ADEME est spécialisée dans la transition écologique et va octroyer jusqu’à 30 milliards d’euros à la réduction des émissions de carbone de 40% d’ici à 2030. L’aide est destinée à toutes les PME, TPE et associations françaises. Ainsi, 3 000 € seront versés pour chaque vélo cargo acheté. L’aide totale s’étend de 5 000 à 200 000 € maximums.


Les pénuries de composant et la flambée des prix comme frein de la vélorution 

Avec l’émergence du vélo dans nos villes, le terme de vélorution est apparu. Toutefois, à l’heure actuelle, le développement de la pratique et celle du vélo-cargo est freiné par des pénuries importantes qui touchent actuellement le marché du cycle. Le phénomène est en partie provoqué par la chaine de production. Bien qu’une majorité des VAE sont assemblés en Europe, les pièces arrivent pour la majorité́ d’Asie. Chaque fabricant est donc dépendant de cette région du monde, où les usines tournent à plein régime pour tenter de répondre à la forte demande. À cette incertitude, s’ajoute l’épineuse question du transport. Les délais se sont allongés et les prix ont explosé.

assemblage velo-cargo
Assemblage français d’un vélo-cargo O2feel

Le prix du vélo cargo augmente de manière croissante depuis ces dernières années. Le prix moyen d’un vélo à assistance électrique a augmenté d’environ +21 % depuis 2019 selon l’Union Sport et Cycle. Cette hausse est décuplée depuis l’été 2021.

Dans un premier temps, les matières premières ont considérablement augmenté. En cause, une baisse de production en Chine qui a fermé des centrales à charbon alimentant les fonderies. À cela s’ajoutent d’autres pénuries des matériaux comme le lithium pour les batteries, le caoutchouc ou l’acier. Très impacté par la pandémie, le coût du transport a flambé. Le vélo est assemblé grâce à des centaines de pièces venant des quatre coins du monde. L’acheminement de ces pièces représente un coût considérable ces derniers mois. Le coût d’un conteneur quittant la Chine en 2022 pour rejoindre notre continent est passé de 2 146 dollars il y un an à environ 10 000 dollars, soit un quintuple de son prix de départ.

Ainsi, la hausse des prix du vélo-cargo n’est donc pas prête de s’arrêter ou de se stabiliser.

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