Comment limiter mon empreinte numérique !
Savez-vous ce qui se passe derrière nos écrans quand on surfe sur le net ? Data centers, serveurs informatiques, routiers, câbles de fibres optiques, le numérique est un outil à la fois matériel et immatériel.
Selon l’ADEME, le secteur informatique est responsable aujourd’hui de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la forte augmentation des usages laisse présager un doublement de cette empreinte carbone d’ici 2025. En cause : l’augmentation du nombre d’utilisateurs à l’échelle mondiale qui passerait de trois milliards aujourd’hui à plus de quatre milliards en 2030 et de notre consommation personnelle de données.
Ainsi, consommation d’énergie, pollution de l’air lors de la fabrication de matériel ou encore amas de déchets électroniques non recyclables, le numérique est une source de pollution non négligeable pour la planète.
Ordinateur et stockage de données
Frédéric Bordage, spécialiste du numérique responsable et créateur de la communauté GreenIT.fr, préconise plusieurs gestes clés pour les utilisateurs du numérique. Parmi ceux-ci, il recommande d’allonger la durée de vie des équipements, de favoriser le réemploi et la réparation. Selon WWF, une organisation non gouvernementale internationale créée en 1961 vouée à la protection de l’environnement et au développement durable, un smartphone peut être utilisé pendant 5 ans et un ordinateur portable plus de 10 ans.
F. Bordage souligne que la fabrication des équipements numériques étant l’étape la plus polluante dans le cycle de vie, réparer, réutiliser avant de jeter ou encore recycler auprès d’un conteneur adapté ou d’une enseigne spécialisée permettent de privilégier le réemploi de l’appareil.
Les recommandations pour devenir un internaute responsable qui cherche à réduire son empreinte numérique sont multiples. L’ordinateur, la box, le boitier TV ou tout autre appareil doivent être mis en veille voire être éteints s’ils ne sont pas utilisés pour économiser de l’électricité. WWF rapporte que : « allumés 24 heures sur 24, une box ADSL et le boîtier TV associé consomment de 150 à 300 kWh par an, soit la consommation électrique annuelle de 5 à 10 ordinateurs portables 15 pouces utilisés 8 h par jour. Éteindre sa box pendant la nuit permet d’économiser 65 à 130 kWh, entre 8 et 16 euros et 650 à 1 300 litres d’eau par an. »
Le stockage de données sur le Cloud est un outil très énergivore auquel il faut limiter l’usage. Ainsi GreenIT.fr recommande le stockage des données en local. WWF note que : « le stockage en ligne des e-mails, photos, vidéos, musiques et autres documents impose des aller-retours incessants entre le terminal de l’utilisateur et les serveurs ». Or, transporter une donnée via Internet consomme deux fois plus d’énergie que de la stocker pendant un an. Il faut donc favoriser au maximum le stockage et l’usage local de ses données.
Quid du navigateur web et du moteur de recherche ?
Parmi les bonnes pratiques, F. Bordage préconise de conserver les onglets ouverts sur le navigateur s’ils sont utilisés. Ainsi, les données entrantes et sortantes continuent de circuler. Les sites consultés de manière récurrente doivent être mis en favoris pour limiter le nombre de requêtes. Enfin, les logiciels non utilisés doivent être supprimés car ils ralentissent les ordinateurs.
Pour les requêtes web ciblées, l’ADEME recommande l’utilisation de mots clés précis lors d’une recherche via un moteur de recherche et la saisie de l’adresse directement dans la barre de navigation. Cela permet de réduire le nombre de pages consultées permettant un gain de 5kg de CO2 par an, soit 40 km parcourus en voiture. Cette pratique limite la sollicitation des serveurs du moteur de recherche.
Quid de l’emailing ?
Selon le Centre de Ressource du Développement Durable (CERDD), chaque email stocké émet l’équivalent de 10g de CO2. L’ADEME a calculé en 2011 l’impact des envois d’emails dans le cadre professionnel qui représenterait 13,6 tonnes de CO2 à l’échelle de l’entreprise de 100 personnes soit environ 13 allers-retours Paris-New York. Le spam et les newsletters représentent plus de 90% des flux d’emails alors que seulement 10% d’entre eux sont ouverts.
Optimiser les campagnes d’envois de mails permet de faire des économies d’énergie. En effet, le temps passé à les écrire et à les lire constitue la principale source d’impacts. Pour limiter le poids des emails, le CERDD recommande de réduire le nombre de destinataires au strict nécessaire, supprimer les pièces jointes avant de répondre à un message, réduire la taille des fichiers (plaquettes, PDF, documents commerciaux etc.) et vider régulièrement la boite mail.
WWF conseille de faire des transferts via les clés USB car un mail a plus d’impact environnemental lorsqu’il est lourd. L’association préconise aussi d’utiliser le wifi à la 4G. Enfin, les signatures de mails peuvent être allégées en évitant d’inclure des images ou en les mettant en basse définition.
Quid des site web, vidéos et réseaux sociaux ?
Lors de la conception, l’ADEME recommande de cibler les besoins réels des utilisateurs. En ce sens, le responsive design, consistant à adapter la mise en forme et le contenu des pages web en fonction du contexte de visualisation pour écran d’ordinateur, de tablette, ou smartphone est une autre bonne pratique.
D’un point de vue plus technique, il est recommandé de redimensionner les images avant de les charger dans un gestionnaire de contenu de site et d’adapter le temps de chargement en fonction des formats. Concernant la production d’un site web, limiter le poids du site en optimisant la taille des fichiers et limiter le recours aux plug-in sont considérés comme de bonnes pratiques.
L’ADEME recommande de mettre en place d’autres actions. Parmi celles-ci, nous pouvons citer le respect d’au moins 70% des règles du W3C pour avoir un site aux normes standards, l’application d’accessibilité des contenus pour les personnes malvoyantes ou encore la portabilité multi-supports et multi-niveaux. Il existe aussi des hébergeurs verts de sites web tels que Infomaniak, A2 Hosting ou encore Hostpapa qui évaluent et limitent l’impact environnemental.
Selon The Shift Project, une association française créée en 2010 ayant pour objectif l’atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles, le visionnage de vidéo représente 80% du trafic internet annuel mondial.
WWF ajoute que la vidéo en ligne représente plus de 60% du trafic internet. Réduire le poids de ses vidéos réduit l’énergie nécessaire pour les diffuser et donc les émissions de gaz à effet de serre qui y sont liées. En effet, toujours selon WWF, visionner une émission en streaming HD via sa box ADSL reviendrait à émettre autant de gaz à effet de serre que de fabriquer, transporter et lire un DVD. Ainsi, l’association recommande d’utiliser la TNT à l’ADSL pour regarder les émissions en direct.
Une autre bonne pratique pour une sobriété numérique réussie est de supprimer la lecture automatique des vidéos sur le site web et sur les réseaux sociaux. Enfin, il faut cibler le qualitatif et non le quantitatif. Pour cela, il faut faire des vidéos de manière raisonnable et appropriée au client en limitant leur taille et longueur.
Comment évaluer mon empreinte numérique ?
Carbonalyser, Websitecarbon et GreenIT-Analysis
The Shift Project propose plusieurs outils pour rendre visible l’impact environnemental du numérique auprès des utilisateurs et citoyens. Par exemple, l’extension de navigateur Carbonalyser visualise la consommation électriqueet les émissions de gaz à effet de serre associées à la navigation internet. Le site websitecarbon créé par WholeGrain Digital, une agence digitale londonienne, estime l’empreinte carbone d’un site web à partir de l’URL.
En 2019, F. Bordage a sorti plusieurs services en ligne dont EcoIndex.fr et Ecometer.org. Ces outils visent respectivement à sensibiliser le plus grand nombre aux impacts environnementaux du web, donner des pistes concrètes d’écoconception, et enfin fournir un service indépendant et neutre pour permettre à l’éditeur d’un site web de témoigner de la performance environnementale de son site web.
Depuis 2019, l’extension GreenIT-Analysis disponible sur Chrome web store réunit les fonctionnalités des services en ligne EcoIndex et Ecometer. Il analyse la page pour fournir automatiquement l’empreinte environnementale (gaz à effet de serre et eau), la performance environnementale (sur une échelle de A à G) et la détection automatique de la mise en œuvre des bonnes pratiques.
CleanFox et Lilo
Pour un numérique plus durable et raisonné, le CERDD recommande plusieurs applications. Par exemple, CleanFox permet de nettoyer la boite mail gratuitement. Les newsletters et spams sont supprimés en fonction de leur taux d’ouverture et du nombre d’emails reçus.
Pour un métamoteur de recherche et un service de messagerie plus respectueux de l’environnement, l’entreprise Lilo propose un système de gestion des pièces jointes appelé Lilo qui diminue l’utilisation et le nombre de serveurs de stockage en proposant une gestion intelligente des pièces jointes jusqu’à 5Go. Le destinataire se voit proposer de télécharger la pièce jointe dès sa réception, via un lien dédié à la manière de We Transfer, ce qui limite dans le temps le stockage de cette dernière.
De plus, Lilo alimente 100% de ses serveurs mails via des énergies renouvelables en France et s’engage à protéger les données des internautes.
Feedband et Handbrake
L’écoute d’un titre en ligne ou d’une vidéo requiert des serveurs très gourmands en énergie. Le CERDD recommande Feedband, une plateforme de streaming pour musique indépendant. La musique est toujours stockée sur des serveurs, mais l’entreprise a noué un partenariat avec Trees.org. Toutes les 100 écoutes sur la plateforme ou tout achat de vinyle, Feedband s’engage à planter un arbre.
Pour réduire le poids de la vidéo, The Shift Project propose le logiciel Handbrake qui convertit des fichiers vidéo. Pour l’utiliser, le guide « Comment réduire en 5 minutes le poids d’une vidéo tout en gardant une bonne qualité » est accessible gratuitement sur le site du Shift Project.
Carbon Management Software (CMS)
Selon GreenIT.fr, la communauté des acteurs du numérique responsable, des solutions sont disponibles pour faciliter la création des rapports RSE et la gestion des émissions de gaz à effet de serre des entreprises.
Les Carbon Management Software (CMS) permettent d’évaluer les émissions liées à l’ensemble de l’activité d’une entreprise (transport, énergie, production, etc.) selon différentes méthodes telles que le bilan Carbone de l’ADEME ou le GHG Protocol. D’autres sites proposent également des logiciels disposant de services similaires comme Carbonetworks, CarbonView, ClearStandards ou encore Climpact, Ecotech et Enablon.
Malgré l’émergence de ces différentes solutions sur le marché, peu de professionnels les connaissant et/ou les utilisent dans leur quotidien. De plus, il est important de souligner que l’une des causes les plus polluantes du numérique reste la fabrication illimitée de nouveaux équipements informatiques (PC, mobiles, TV etc.). Ainsi, seule une société privilégiant une consommation raisonnée à travers une économie de l’usage pourrait permettre de réduire l’impact environnemental du numérique de manière significative.
🎧 Réécouter ICI le podcast de F. Bordage, créateur de GreenIT.fr sur « Comment réconcilier numérique et écologie ? » 🎙️




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