Au fil des années, les formes de récits ont évolué et offre à chaque lecteur des lectures divers et varié. Il est désormais possible de participer au récit, de créer sa propre histoire. Mais comment est-ce possible?

- Introduction
- La narration interactive : qu’est ce que c’est?
- Les différentes fonctions de la narration interactive
- La narration interactive pour faire passer des messages forts et changer les moeurs
- Conclusion
Introduction
La narration
Narration. Nom féminin : action de raconter, d’exposer une suite d’événements sous une forme littéraire. Définition tirée du très respecté Larousse.
Pour que la narration existe, il doit y avoir un narrateur ou une narratrice. Nous parlons ici de la personne qui raconte l’histoire, et pour cela le narrateur peut prendre trois formes différentes :
- Le présent le “je”, contextuellement le “ma” de “Aujourd’hui ma mère est morte” (L’étranger, Albert Camus).
- L’absent, il voit tout, il sait tout mais ne fait pas partie de l’histoire. Il s’agit d’un point de vue omniscient.
- Le témoin, il est acteur de l’histoire mais raconte ce que les autres personnes vivent ou ont vécu.
L’interaction
L’interaction est quant à elle plus complexe à définir. Nous la définirons donc ainsi : un acte de réciprocité. La communication n’étant qu’un cousin éloigné beaucoup plus linéaire.
Dans le schéma de la communication de Jakobson (1960) , l’interaction s’apparente à la rétroaction. Dans tous les cas, il y a transmission d’un message et ce message peut avoir différentes natures. Il peut informer, alerter, transmettre mais aussi raconter. Qu’il s’agisse de faits réels ou fictifs, il peut alors raconter des histoires ou relater des événements.
C’est ici que le principe de la narration apparaît sur différents supports, par différents moyens ou encore différents canaux. Comme tout élément celle-ci a été sujet à des influences internes et externes qui l’ont amené à s’adapter, se transformer tout en gardant des éléments inhérents à sa structure initiale. C’est aux travers d’un cheminement particulier qu’a fini par émerger la narration interactive. Elle trouve ses racines les plus proches dans le récit interactif. Décliné d’abord dans la littérature, le principe de la narration interactive a fini par s’ancrer et trouver sa place dans le numérique.
La narration interactive : qu’est-ce que c’est?
La narration interactive représente l’ensemble des moyens et des règles qui vont permettre à l’interlocuteur de faire des choix et d’influencer la trame narrative. Ce principe est souvent utilisé dans les jeux vidéos (ex : life is strange), mais on le retrouve également dans des livres (ex : Un livre dont vous êtes le héros). D’autre part, la narration interactive puise ses sources dans le récit, qui est composé : la situation initiale, l’élément perturbateur ou déclencheur, les péripéties ou les actions, l’élément de résolution et la situation finale.
Dans le récit classique, être lecteur c’est être spectateur. Bien que pour certain lecteur, il s’agit déjà d’être acteur au sens de la coopération, nous en conviendrons. Le lecteur est un levier qui fait vivre le récit et l’œuvre, cependant il reste au stade de la perception car il demeure un être passif. Celui-ci n’influence pas l’histoire, il l’aide simplement à exister dans son imaginaire, au plus profond de son âme, toujours guidé par les mots et dicté par les émotions de celui qui l’a écrite. Il sert de réceptacle à celle-ci en l’accueillant et en ressentant le récit. Cette perception s’arrête donc, au moment où le principe de l’interaction dans le récit fait surface.
Dans les récits interactifs, de lecteur nous devenons acteur puis auteur. L’interaction permet de faire émerger la réception de l’œuvre. La réception naît de l’action, elle est une collaboration. Ici, nous cassons le quatrième mur.La perception représente, elle est simplement contemplative, alors que la réception devient conséquence. Elle est un phénomène de « rétention mémorielle et d’anticipation » (Bergson), c’est bien plus que participer, il s’agit de créer. Encore une fois, de ne pas jouer un rôle mais de le prendre.

Les différentes fonctions de la narration interactive.
Comme nous avons pu le voir face à l’interactivité, l’interlocuteur n’est même plus au stade de l’expérience mais bien de l’immersion. Il s’agit de vivre l’histoire au sens psychologique et émotif, de la créer et même de la sentir et de lui donner du sens grâce aux gestes interfacés (scroller, cliquer, zoomer…). On voit alors, que dans ce type de contexte, on parle bien plus de corps projectif que perceptif. Cet outil peut donc influencer la perception du consommateur grâce à ses différentes fonctions :
- Sa fonction non plus perceptive mais réceptive (ou d’engagement) : L’interlocuteur agit, fait des choix en conscience et conséquence du récit. Il construit sa propre histoire.
- Sa fonction ludique : Autrement dit de « jeu », qui amène une dimension divertissante et pédagogique.
- Sa fonction d’implication et de projection : Il est un élément à part entière du jeu, il s’implique émotionnellement et psychologiquement.
Les différents leviers
Ces différents leviers ont un impact sur l’interlocuteur, cependant il faut veiller à une construction cohérente et attirante de l’outil. De plus, lorsque l’on fait le choix d’utiliser la narration interactive, il faut toujours se poser cette question : « l’impact de mon histoire sera-t-il plus grand si je la pare d’interactivité ? » (Hoguet, 2014). Si le but est de véhiculer un message, il est important de se questionner sur l’utilité de l’utilisation d’un tel outil. Cependant lorsque l’on souhaite représenter une réalité et attirer l’attention du public, « (…) l’interactivité se révèle une meilleure alternative pour représenter le réel et engager un dialogue avec un public toujours plus sollicité et submergé de contenus. » (Hoguet, 2014)
Aujourd’hui, dans le contexte fragile dans lequel nous évoluons, que ce soit social, économique ou encore environnemental, il peut être difficile de faire passer des messages forts en ayant un réel impact sur ses interlocuteurs. En effet, communiquer en faisant passer des informations est une chose. Mais communiquer en impactant de manière positive le comportement des récepteurs en est une autre. La narration interactive pourrait-elle être une réponse à cela ?


La narration interactive pour faire passer des messages forts et changer les moeurs.
Il existe parfois un manque d’efficacité dans les campagnes de sensibilisation (réchauffement climatique, cause animale, handicap…) que l’on retrouve surtout dans la notion de passage à l’acte. Ces campagnes bien qu’intelligemment construites, ne font pas encore passer l’individu d’être passif à actif. Nous avons vu que la narration interactive était un outil qui mettait l’individu dans une position non plus de perception, mais de réception. Comment celle-ci peut amener à l’appropriation, c’est-à-dire à l’application de comportements et postures allant en faveur de causes ?
La narration interactive est jugée comme un outil ludique, engageant et à fonction projective. De manière individuelle, nous pouvons nous intéresser à ce qui pousse dans chaque fonction, l’individu à agir dans la réalité. Il faut savoir que le passage à l’action est dicté par des motivations. Celles-ci peuvent être multiples et variées, et diverger totalement d’un individu à un autre. Il existe 4 grands facteurs de motivation qui sont les suivants : La reconnaissance, la générosité, la réussite personnelle et la famille.
les fonctions
La fonction ludique : être informé tout en jouant, être accompagné avec bienveillance et sans jugement juste en exposant les faits. Il n’est pas sans savoir que le ludique est un des outils les plus impactant dans la compréhension d’une situation. Celui-ci pousserait à agir grâce à sa capacité à donner une compréhension et une assimilation bien plus percutantes des informations.
La fonction engageante ou réceptive : décider de l’histoire, c’est la construire. Construire une histoire c’est en avoir la responsabilité. Selon la pertinence de la réalisation de la narration interactive, l’interlocuteur se verra affecté d’un rôle plus ou moins impactant. C’est-à-dire qu’en fonction de la qualité de la création, la conscience qu’il aura de ses choix sera plus ou moins grande. Ses actions ayant des conséquences, cela l’amènera à se responsabiliser virtuellement, ce qui le poussera à le faire dans la réalité.
La fonction de projection et d’implication : s’impliquer émotionnellement et psychologiquement dans quelque chose de virtuel, c’est déjà s’impliquer dans la réalité. En effet, cette capacité à faire éprouver des émotions et faire réfléchir, apporterait dans la réalité un engagement plus important, car « on se sentirait bien plus concerné ».
La subjectivité, l’émotion générée et l’histoire racontée créent une expérience. Mais l’alliance au jeu et à l’interaction qui engendre un impact sur l’histoire, crée l’immersion. Utiliser cet outil pourrait donc se révéler utile et impactant pour faire évoluer les comportements des interlocuteurs.
une campagne nationale pour sensibiliser
D’ailleurs, la campagne nationale “Dis moi Elliot” réalisée par le ministère de la santé, met en scène un petit garçon atteint d’autisme. L’objectif ici, est de sensibiliser à l’autisme et de changer les préjugés et les regards des individus à ce sujet. L’utilisation de la narration interactive dans cette campagne, permet de se mettre à la place du petit garçon et d’être bien plus empathique et compréhensif de sa situation. Le fait de se rendre compte de cette réalité, permettra et poussera l’interlocuteur à adopter un meilleur comportement dans la vie réelle.
Conclusion.
Sachant qu’un outil comme celui-ci pourrait fonctionner, il faut réussir à créer une histoire suffisamment attractive et faire une modélisation cohérente. De plus, la richesse d’une œuvre c’est aussi la possibilité de sa déclinaison (transmédia) plus celle-ci est déclinée plus elle touche différents publics. Car au-delà d’utiliser l’interaction narrative, il faut la véhiculer. C’est là qu’elle prend son essence même. « Seule la médiation du lecteur fait entrer l’œuvre dans l’horizon d’expérience mouvant d’une continuité. » (Jauss, 1970).
Dans notre époque actuelle aborder un sujet sensible, visant à s’ancrer de plus en plus dans la conscience collective, irait dans le sens d’une réception « concrétiser » ? D’ailleurs, nous pouvons voir une certaine limite à la narration interactive. L’interlocuteur évolue entre une promesse de se voir avoir le premier rôle et la frustration de se voir simplement mis en scène. Les limites de la scène s’effacent mais demeurent car le spectateur reste un sujet interactif, les limites sont donc déplacées mais pas éliminées.
Nous pouvons ainsi constater, que la narration interactive est jugée de par ses mécanismes et les avis des répondants : comme pouvant influencer la perception des consommateurs. Parce qu’elle permet de construire l’histoire, de la vivre et a une dimension divertissante. Elle peut aussi être un outil percutant pour sensibiliser les individus à une cause et surtout les pousser à agir. Cependant, il serait intéressant de se pencher sur la question de la réalisation d’un tel outil mais aussi de sa diffusion.



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